23 mars 2007 Sur les Parois du Néant
Témoignage de Joseph Kirahagazwe
Pour évoquer les événements de 1972, les Burundais disent "umwaka wa ca kiza, ca gihuhusi. L'année du fléau, de l'ouragan. La plupart des Hutu instruits furent assassinés cette année-là. Je venais de démarrer mes études secondaires. Cédant à la peur d'être tué, j'ai décidé d'abandonner l'école. Imperturbable, mon père m'a tout simplement rappelé que j'avais choisi de porter son nom, un nom de guerrier, et qu'un guerrier n'a pas peur...
Tout au long de ma jeunesse et de ma scolarité, je vivais de coups et j'apprivoisais la douleur. Après la morsure de la pointe d'un compas dans le dos entre deux vertèbres, des coups jusqu'à évanouissements devinrent mon lot quotidien. Cette école de la douleur fabriqua un dramaturge fort apprécié dans son pays (3 premiers prix aux concours de théâtre) et qu’un président de la république, hutu, nouvellement élu, nomma comme conseiller pour en faire son bras droit en 1993. Mais juste 3 mois après son investiture, ce chef d’Etat mourait assassiné par une junte militaire, avec de nombreux proches collaborateurs.
Le peuple reçut ce coup d'Etat comme un coup de massue, et réagit comme un ressort trop comprimé. Ici et là dans le pays, des voisins tutsi furent attrapés et sommés de creuser leurs propres tombes, tandis que l'armée nationale à plus de 99% tutsi, comme un rouleau compresseur, sortait des camps pour venger les siens contre les hutu, déclenchant ainsi une guerre civile atroce. Ma femme et mes enfants qui cherchèrent refuge au Rwanda furent pris dans le tourbillon du génocide rwandais en 1994, et je les cherche toujours…
Si le Centre National du Livre (CNL) à Paris a salué « Sur les Parois du Néant » en octroyant à son auteur une bourse d'écriture ; si France 3 l’a présélectionné très récemment fin 2006 dans le concours international « Votre histoire », c’est parce que ce texte est mu par une charge émotionnelle intense et soutenu par une certaine qualité d’écriture. En fait, ce texte est un témoignage à la frontière de la fiction et du conte.
« Sur les Parois du Néant, sur scène, c’est le théâtre qui retrouve l’une de ses fonctions fondamentales : créer le désarroi et le questionnement dans l’intime du public assailli par un immense pourquoi. Un pourquoi quasi mythique, quasi archaïque. Pourquoi de tout temps l'homme tue l'homme, pourquoi des groupes humains exterminent d'autres groupes humains, pourquoi Caïn tua Abel, pourquoi l'histoire de l'humanité est quelque peu l'histoire de l'homme qui tue!
« C’est fort, trop fort pour la raison. Le texte de Joseph Kira hagazwe est d’une beauté sans longueur. La poésie, lorsqu’elle se mêle à l’horreur, colle le spectateur au mur. La dimension du témoignage, en tant qu’art authentique, criant de vérité sur la réalité des hommes, ne mérite pas l’éphémère. » Centre France.
« Bravo pour cette œuvre littéraire pesée avec délicatesse et conviction. Bravo pour votre performance sur scène; le comédien rejoint le témoin, tout ça dans la mesure, le respect, et l’espoir. Merci, j’ai senti un courant d’air frais passer à travers les barreaux. » (Jean Louis Le Beau, Directeur de la Compagnie « l’Oiseau-plume.» )
Joseph Kirahagazwe nous proposera aussi une exposition dans le hall afin de vulgariser la connaissance de la spiruline en France et sa culture à but humanitaire au Burundi et autres pays d’Afrique, pour lutter contre la malnutrition qui sévit sur ce continent Dossier Spiruline.
Vendredi 23 mars 2007 à 12h30
Salle de Spectacles
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